• Anna

Argent, ou métal argenté ?!

Mis à jour : févr. 18

L'invention d'objets fabriqués à partir de métal remonte a plusieurs millénaires avant notre ère : à la découverte de la possibilité de faire fondre des métaux, grâce à la chaleur, et de leur donner forme.


Cuivre, étain, bronze, or, argent, laiton ... la liste des métaux qui nous entourent est longue, mais les deux plus précieux restent l'or et l'argent.


Rares, beaux, et résistants, ils revêtirent aussi dès les premiers temps de l'humanité une signification magique : L'or, jaune, assimilé au soleil, tandis que l'argent fût rapidement associé à la lune.


En ce qui concerne l'argent, bien que moins précieux et recherché que l'or, il connaît malgré tout une certaine noblesse. Bien souvent l'envie et le besoin de montrer sa puissance poussèrent les grands de toutes époques confondues, à se procurer des objets en argent ou ayant l'apparence de l'argent.


Et c'est ici que la confusion entre argent et métal argenté prend racine.


Pour bien comprendre la différence entre ces deux métaux, il est essentiel de comprendre à la fois ce qui les différencie d'un point de vue physique, mais aussi l'histoire des objets et des techniques d'orfèvrerie qui se développèrent avec le temps.







Caractéristiques des deux métaux


Les pièces façonnées en argent sont en réalité issues d'un alliage : l'argent étant malléable, presque "mou", il faut le faire fusionner à une petite proportion de cuivre pour le rendre plus dur.

C'est cette proportion d'argent et de cuivre qui détermine ce que l'on appelle le "titre" de l'argent.

Au fil des siècles, ces titres ont tellement varié, selon les régions et les périodes, qu'aujourd'hui, les titres français ont été uniformisés à 92,5% (925 millièmes) d'argent pour le 1er titre et à 80% (800 millièmes) pour le 2e.


En ce qui concerne ce que l'on appelle le "métal argenté", il s'agit en réalité d'une pièce façonnée en métal (souvent du cuivre) recouverte d'une fine couche d'argent.


Selon les époques, là aussi, la technique a évolué, allant d'un simple placage à une "fusion" de métaux (voir plus bas).




Une histoire (très) brève de l'orfèvrerie



L'orfèvrerie est l' "Art de fabriquer en métaux précieux, argent ou or principalement, des objets destinés au service de la table, à l'ornementation de l'intérieur ou à l'exercice du culte" (définition Larousse).


Métal précieux, l'argent servit au fil du temps à des fins de culte, de représentation ou encore à des fins utilitaires. Le point commun de ces ouvrages, est bien sûr leur préciosité et l'attention particulière portée par les orfèvres pour magnifier le métal, l'objet mais aussi ... son commanditaire !


Le trésor de Boscoreale, conservé au musée du Louvre, est un beau témoignage de la virtuosité des orfèvres atteinte dès la période romaine.


Durant le premier millénaire de notre ère, l'Empire Byzantin régna en maître incomparable sur l'usage des métaux précieux. Bien des siècles après, la tradition de l’orfèvrerie byzantine et de ses émaux se poursuit encore aujourd'hui dans l'orfèvrerie Russe.


En Occident, tout le Moyen-Age est marqué par d'importantes productions d'usage liturgique : reliquaires, châsses, monstrances, ciboires, ...

Nombreux sont les ouvrages commandés par l'Eglise, mais l'objet le plus répandu reste le calice, servant au partage du vin, symbole du sang du Christ.






On voit dès le Moyen-Age de superbes calices sur les autels des plus belles églises, alliant différentes techniques d'ornement d'un très haut niveau.

De même, reliquaires et châsses, utilisés pour conserver les reliques de Saints, sont courants et rivalisent de somptuosité.

Les reliquaires vont même jusqu'à prendre la forme des parties du corps correspondant aux ossements qu'ils renferment (ce sont alors des reliquaires dits "parlants"), quand les châsses s'inspirent des plus beaux édifices gothiques.

Ces œuvres combinent déjà des techniques très abouties : émaillage, repoussage, gravure, estampage, découpes, applications, ...


Le pied reliquaire de Saint-Blaise, conservé à la fondation du Roi Baudouin à Bruxelles est un somptueux exemple de ces reliquaires parlants.

Quant à la châsse de Saint Thomas Becket, conservée au Musée des Beaux-arts de Lyon, bien que réalisée à partir de cuivre émaillé, nous donne une belle idée de l'apparence de ces objets.

A cette période, orfèvrerie et liturgie sont donc intimement liées.

A la Renaissance, la tendance est surtout à la redécouverte des beautés de l'Antiquité, à l'exploration de la nature et de l'Homme.

Les styles de l'orfèvrerie suivent alors la tendance !


Les plus curieuses réalisations de cette période sont principalement venues d'Allemagne, où les orfèvres choisirent de mêler nature et argent. Des spécimens marins, tels que le corail ou les nautiles, sont intégrés à des œuvres tout aussi surprenantes que belles.


Wenzel Jamnitzer, orfèvre à la Cour de quatre empereurs du Saint Empire, dont Charles Quint, reste le maître incontesté de cette nouvelle inventivité.


Sa représentation de Daphnée, Nymphe grecque poursuivie par Apollon qui finit par se transformer en laurier, est évidemment la pièce la plus représentative de cette période. La nymphe est toute d'argent doré, mais pour figurer sa transformation mythique, l'orfèvre utilisa des branches de corail rouge.


Une beauté silencieuse, conservée au Musée de la Renaissance d'Ecouen, dont l'usage reste encore bien mystérieux....



Ce n'est aussi qu'à cette période, mais surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles que se développent d'autres objets : l'orfèvrerie prend de plus en plus d'importance dans la vie aristocratique.


Les tables se parent de véritables œuvres d'art.

Salières et surtouts de table sont les principaux objets utilisés, la vaisselle d'argent ne servait pas à un usage quotidien mais plutôt à la représentation des richesses de son propriétaire.






L'orfèvrerie n'est donc plus uniquement liturgique mais devient aussi à la fois usuelle et décorative, représentation de la richesse de ses propriétaires.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Cour de France, surtout celle de Louis XIV, rayonne dans l'Europe entière grâce à l'inventivité de ses artistes, et la beauté de leurs œuvres. Là aussi, l'orfèvrerie occupe une place de choix.


Tout d'abord commencent à se développer des services entiers de tables, même si les couverts complets restent encore rares à cette époque ; on utilise principalement le couteau et la cuillère. L'usage de la fourchette ne se développe réellement qu'au cours du XVIIIe siècle.


De plus, l'importation de produits exotiques entraîne la création de nouveaux objets tels que chocolatière ou cafetière.






Le plus grand ensemble jamais créé, mais aujourd'hui disparu, reste celui commandé par Louis XIV pour la Cour.

Tout en argent, meubles, vases géants, coupes, chandeliers, brillaient autrefois à la lumière des bougies de Versailles.


Malheureusement, le besoin de financer les guerres successives entraîna en 1689, la fonte de ce mobilier, et l'on ne peut aujourd'hui que s'imaginer la splendeur de cet ensemble.



"C'était des torchères ou de grands guéridons de huit ou neuf pieds de hauteur pour porter des flambeaux ou des girandoles, de grands vases pour mettre des orangers, et de grands brancards pour les porter où on aurait voulu, des cuvettes, des chandeliers, des miroirs, tous ouvrages dont la magnificence, l'élégance et le bon goût étaient peut-être une des choses du royaume qui donnaient une plus juste idée de la grandeur du prince qui les avait fait faire"

Charles Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, 1697




Au cours des règnes de Louis XV et Louis XVI, l'orfèvrerie continue à se développer dans des formes et ornements toujours plus inventifs.






Mais c'est bien la Révolution et l'abolition des privilèges qui entraînera les plus grands bouleversements. Bien que principalement sociétaux et politiques, ils influent aussi sur les manières de vivre, les classes sociales et une nouvelle bourgeoisie, de plus en plus aisée, parvient à atteindre les plus hautes sphères de la société.


La création artistique subit un coup d'arrêt brutal quelques années, mais sera relancée à la fois par le nouvel Empereur et ces mêmes nouvelles classes bourgeoises.

Toujours suivant l'évolution des styles artistiques, l'art de l'orfèvrerie traversa sans heurts le XIXe siècle, du style Empire au style Art Nouveau.







Mais ce siècle, fût marqué par une nouvelle révolution, en orfèvrerie : l'invention du métal argenté !

Si il pouvait être d'usage, exceptionnellement, de plaquer une fine feuille d'argent sur un objet afin de lui en donner l'apparence, ce n'est que depuis 1839 (environ) que le métal argenté a été inventé.

Il s'agit là de déposer une couche d'argent sur la pièce en métal en la plongeant dans un bain électrolytique de sels d’argent ; grâce au courant électrique, les atomes d'argent qui se trouvent dans le bain vont venir se fixer durablement sur la pièce en métal.


Il en ressort alors un objet qui ressemble à de l'argent, qui n'en est pas, mais qui fait quand même belle impression sur les tables !


Et cela, Charles Christofle l'avait bien pressenti puisque c'est lui qui, en 1842, rachète le brevet d'argenture par électrolyse et développe en premier la production industrielle de pièces en métal argenté.





Le succès fût colossal et tout au long des XIXe et XXe siècles, plusieurs grandes maisons développèrent ce nouveau marché du métal argenté, tout en conservant une production privilégiée d'objets en argent ; dont Christofle, mais aussi Puiforcat, Ercuis, Boulenger, etc...




Comment déterminer si mon objet est en argent ou en métal argenté ?



Les astuces des Commissaires-Priseurs

Au premier abord, au toucher, l'argent est plus souple, et malléable, moins il y a de cuivre, plus il est "mou".

La fourchette se courbera en forçant (un peu !) si c'est de l'argent mais beaucoup moins lorsqu'il s'agit de métal argenté.

On dit aussi que l'argent est plus froid... Mais encore faut-il pouvoir comparer deux pièces en même temps....



Attention, ces techniques sont loin d'être suffisantes ; ce sont là de petits indices qu'il faudra ensuite confirmer avec un observation approfondie de l'objet et la juste lecture de ses poinçons !



On entend souvent nos clients nous dire : "Oui je suis sur que c'est de l'argent, il y a des poinçons ! "


Attention ! Le métal argenté est aussi poinçonné !

La réelle différence va être la nature du poinçon en lui même :


Les poinçons de métal argenté sont carré ou rectangulaire.

Dans le poinçon carré, il y a un chiffre, indiquant le poids d'argent utilisé pour l'argenture ; dans le poinçon rectangulaire, quand il y en a un, il indique souvent le nom de la maison qui a réalisé la pièce.


Les plus courantes, sont Christofle, Ercuis, Boulenger, etc...



Le poinçon de l'argent français, quant à lui, est hexagonal.

Il est là pour garantir la pureté du métal. Depuis le Moyen âge, cette pureté est contrôlée, et garantie par l'application de poinçons.


Depuis 1848, en France, le poinçon utilisé est celui dit "Minerve". Il représente une tête d'Athéna, la déesse guerrière, de profil dans un hexagonal. Et les titres uniformisés à 925°/00 et 800°/00.


De plus, on trouve systématiquement, ou presque, un losange avec les initiales de l'orfèvre qui a réalisé la pièce.



Poinçon d'orfèvre JL Evellin et poinçon minerve


Ce sont là des obligations, et donc nous devons les trouver systématiquement sur les objets en argent.


De plus, toutes les pièces d'un objet sont poinçonnées! C'est à dire que sur un objet constitué de plusieurs pièces soudées ensembles, tel qu'une théière par exemple, on trouvera autant de poinçons qu'il y a de pièces.



Ce système ne date pas de 1848, auparavant, sous l'Ancien régime, le système de poinçonnage était beaucoup plus complexe, on trouvait quatre poinçons différents sur une seule pièce correspondant à différents contrôles.



Avec tous ces indices, vous ne pouvez plus vous tromper !



Peut-on nettoyer son argenterie ?


Pour les pièces usuelles, ménagères par exemple, il est conseillé nettoyer ses couverts!


Si le métal argenté est fragile, puisque constitué d'une fine couche d'argent, il faut le nettoyer avec grande précaution afin de ne pas le rayer ou d'enlever l'argenture.

Pour l'argent, on peut très bien le mettre au lave vaisselle, en faisant attention à ne pas le mélanger avec de l'inox.


Cependant, il existe des techniques plus douces, pour les pièces fragiles ou précieuses :

- on peut utiliser de la pierre d'argent, à frotter délicatement puis à rincer à l'eau.

- on peut aussi créer une électrolyse en appliquant une feuille d'aluminium au fond d'un bol, saupoudrée de gros sel et arrosée d'eau chaude. Après un petit bain, l'argent ressort plus brillant !





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