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Gabriel Argy-Rousseau - Les loups dans la neige




Gabriel Argy-Rousseau

1885 - 1952



Né en 1885, Gabriel Rousseau adopte le nom Argy-Rousseau en accolant en 1913 les trois premières lettres du nom de son épouse, Marianne Argyriadès, afin de se démarquer de son homonyme Eugène Rousseau, grand marchand et éditeur de verrerie de la fin du XIXe.

Il débute en étudiant à l'école de céramique de Sèvres, où il découvre dans l'atelier d'Henry Cros, cette technique si particulière, entre verre et céramique, de la pâte de verre.





Après des études en chimie et quelques années de recherches sur une nouvelle technique de porcelaine dentaire (!), Argy-Rousseau ouvre son atelier à Paris afin de développer sa véritable passion.... Le travail de la pâte de verre.









Sur les traces de ses prédécesseurs Henry Cros et Albert Dammouse (voir infra), eux aussi céramistes de formation, il étudie longtemps l'élaboration de sa propre technique. Cette pratique de la pâte de verre était en effet à l'époque très confidentielle ; les créateurs ne souhaitaient pas divulguer leurs secrets de fabrication et garder le monopole de leur production.


Gabriel Argy-Rousseau doit alors travailler au développement de sa propre technique, sur les fondements de la technique d'Henry Cros.



Dès 1914, il propose de belles épreuves en pâtes de verre, au style naturaliste.

Mais la guerre mettra un coup d'arrêt à sa production puisqu'il sera intégré dans les laboratoires de l'armée française.




A la fin du conflit, il peut reprendre son activité et se concentre à nouveau sur la production de ses pâtes de verre qui avaient tant plu lors du salon des artistes français de 1914.




Il créé en 1921 la société Les pâtes de verre d'Argy-Rousseau, en association avec le galeriste Gustave Moser-Millot.

Malgré l'impossibilité d'industrialisation de la production, dû à une technique trop complexe, l'entreprise connaît un franc succès jusqu'à la fin des années 1920.

Durant cette période, il créé au total 350 modèles, édités entre 1 et 10 exemplaires mais tous originaux et tous uniques, se distinguant par la couleur et parfois la taille. Il est aidé dans son atelier d'artisans et décorateurs qui façonnent les pièces.


Dans ces premières décennies du XXe siècle, Argy-Rousseau fait évoluer son style, suivant les tendances en vogue, allant de l'Art Nouveau à l'Art Déco.

Tout d'abord florales à inspiration japonisante, ses créations s'orientent peu à peu vers un nouveau vocabulaire.













Dans les années 1920-1930, celles de son succès commercial, les femmes, les animaux et les fleurs composent l'essentiel de son répertoire. Mais les formes sont

de plus en plus stylisées en accord avec l'émergence de l'Art Déco. Jusqu'à arriver parfois à des motifs complètement géométriques à la fin des années 1920.


Argy-Rousseau connaît donc le succès en épousant les codes du style Art déco et en parvenant à merveille à créer des œuvres aussi douces que belles, en accord avec les aspirations de son temps.






Le Vase "Les loups dans la neige" est particulièrement représentatif de ces tendances.

Les silhouettes noires des loups forment une ronde régulière, se détachant de manière tranchée du fond bleu nuancé vert, travaillé avec virtuosité.

La neige, elle, est tout juste esquissée et prend la forme de vagues géométriques, en accord parfait avec la tendance émergente des motifs Art Déco.

Ce superbe vase a été édité en différentes couleurs, allant de bleu à rose, en passant par les violets et verts.

S'il s'agit toujours du même modèle utilisé, les variations de couleurs et les aléas souvent dus à la cuisson, font de chacun de ces vases une œuvre unique.






Au début des années 1930, la concurrence des verres industriels, principalement Nancéens lui sera fatale. Il ferme son entreprise en 1931, tente alors de survivre par de petites productions en verre émaillé. La seconde guerre mondiale met un coup d'arrêt total à sa production, et fatigué, il meurt en 1953, oublié de tous.




Verre ou pâte de verre ?



Les productions industrielles des grandes manufacture Nancéennes, telles que Gallé ou Daum connaissent une vogue fulgurante à cette époque mais usent de manière abusive du terme "pâte de verre".

Une appellation qui entraîne la confusion encore aujourd'hui !


Ces productions, bien que de belle qualité elles aussi, ne sont en réalité pas le fruit d'une production de pâte de verre mais un travail de verre multicouche.

Il s'agit là de souffler le verre dans un moule en superposant des couches de différentes couleurs. Ensuite, il faut faire émerger le décor en dégageant les motifs à la roue (processus manuel et couteux) ou à l'acide (permettant une plus grande production), après cuisson.



C'est bien souvent le rendu un peu mat de cette technique qui entraîne ou permet la confusion avec la pâte de verre ; mais il ne s'agit là en réalité que de verre.


Dans son aspect, la pâte de verre est plus laiteuse, épaisse, et les contours des décors sont moins nets puisque les pièces ne sont en principe pas retravaillées après cuisson. Ainsi, la technique emprunte à la fois aux techniques de la verrerie et de la céramique ou de la sculpture.


Si l'on étudie la technique d'Argy-Rousseau, ces emprunts à différentes pratiques sont évidents :

- Tout d'abord, il créé un modèle afin d'élaborer un moule réfractaire.

- Puis prépare la pâte de verre en utilisant les différents composants du verre, ajoutant des oxydes métalliques pour les couleurs. Ces préparation sont transformées en poudres colorées qui sont appliquées séparément dans le moule, en respectant les motifs voulus.

- La pièce est ensuite cuite dans son ensemble entre 1000 et 1200° afin de faire fusionner ensemble les différentes couleurs et de créer une seule et même pièce.



Ainsi, les créations en pâte de verre, de par la difficulté d'élaboration et l'utilisation de moules fragiles, sont rares et peu courantes.

Cela tient aussi au fait que peu de créateurs se sont réellement investis dans ces recherches, et ont su en faire une pratique régulière et rentable.

Parmi les plus grands créateurs, nous en avons déjà évoqué la plupart, tous ont vécus entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe.

Nous pouvons nommer ici les principaux, Henry Cros (pionnier dans la redécouverte de cette technique utilisée dans l'Egypte ancienne), François Décorchemont, Georges Despret, Albert Dammouse, Amalric Walter et enfin Gabriel Argy-Rousseau.

Ceux-ci travaillèrent la pâte de verre ou bien la pâte de cristal (ajout de plomb) ; ou encore les deux, comme Argy-Rousseau, qui créa ses plus petites pièces à partir de cette dernière.



Bibliographie : Yves DELABORDE. Le verre; art & design, XIXe-XXIe siècles. ACR Edition. 2011


Le saviez vous ?
La pâte de verre est parfois utilisée dans la création joaillière afin d'imiter certaines pierres , surtout le Lapis Lazuli ! Ne vous faites pas avoir !


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