• Agnès

L'œuvre de Jean Boggio, hymne artistique à la vie



Ce printemps 2021, le Musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon donnait carte blanche au créateur Jean Boggio pour investir ses lieux, avant sa fermeture pour travaux.

Ce fut l'occasion d'une visite guidée (virtuelle, Covid oblige), suivant salle après salle la superbe scénographie pensée par l'artiste. S’y mêlaient les œuvres et l’univers du créateur et quelques pièces majeures des collections du musée, retraçant ainsi son parcours, ses collaborations, ses réalisations.


L’imaginaire prolifique de Jean Boggio se dévoilait à travers plusieurs salles Genèse – Eden – Vanitas – Or / Soleil – Les villes – Les Bacchanales.


C’est l’occasion pour nous de vous parler de cet artiste, à travers six grandes thématiques : les bijoux, qui ont fait sa renommée, mais également ses nombreuses autres créations et collaborations artistiques, ainsi que ses sources d'inspiration le XVIIIème siècle, l’Art Déco, Venise, l’exotisme. Et en conclusion la joie de vivre, fil conducteur.


Cela vous donnera, nous l'espérons, l'envie d'aller découvrir l'exposition cet été, remontée dans le beaujolais chez l'artiste, en plein beaujo/boggioland !!



Bracelet "Jungle" en or, argent et pierres précieuses. pièce unique. Collection particulière 2007



Biographie – parcours (condensé !)



Français né en Algérie, Jean Boggio arrive à Lyon avec sa famille en 1964, alors qu’il n’a pas deux ans. Passionné de dessin, il suit sa formation à la SEPR (Société d’Enseignement Professionnelle du Rhône). Son habilité manuelle et ses talents de créateur le font vite connaître. Il sera joailler-orfèvre et artiste.

En 1988, sa participation à l’exposition « de main de Maître » au Grand Palais et au Japon le propulse. Sa notoriété dépasse les frontières grâce à ses fameuses bagues palais.

En 2008, le Musée Adrien Dubouché à Limoges expose une rétrospective de son œuvre. Un ouvrage de référence, toujours disponible, a été édité à cette occasion par la Réunion des Musées Nationaux : Jean Boggio voyage au pays des Arts Décoratifs, 1988-2008.

En 2012, 30 000 visiteurs viendront découvrir l’exposition Jean Boggio ou le jardin extraordinaire au Musée Porzellanikon en Allemagne.



LES BIJOUX BOGGIO



Le talent de dessinateur de Jean Boggio se révèle très jeune, la précision de son trait lui servira pour toutes ses créations, à commencer pour la joaillerie.

Il ouvre son premier atelier à Lyon en 1984.


"Pour moi le dessin c’est l’âme du conteur"

Une de ses premières créations phare est sa bague provençale créée en 1988.

S'en suivront de nombreuses bagues exposées au Grand Palais la même année lors de l'exposition intitulée " De main de maître " .

Toutes extraordinaires, certaines sont à secrets, à compartiments, ou encore tournent, à l'image de sa bague manège.


Ses bijoux, véritables œuvres d'art, sont reconnaissables du premier coup d’œil.

Sculpturaux, " folies boggiesques ", ils font le bonheur des collectionneurs amateurs de bijoux contemporains.

Bague "Architectura", 2005. Argent, or, pierres précieuses. Tirage 8/8

La salle « Génèse » de l'exposition du Musée des Tissus de Lyon présente en son centre l’établi de Jean Boggio, là où tout se créé.

Autour ses premières créations joaillières.


Il est également intéressant d'y découvrir les moules utilisés pour la technique de la cire perdue et du moulage à froid.



BOGGIO créateur – le LUXE A LA FRANCAISE



L'imagination fertile de Jean Boggio, mêlée à sa culture artistique, lui ont ouvert un horizon sans limite. Du bijou œuvre d'art aux autres arts décoratifs, il a sauté le pas avec allégresse

Son dessin précis lui permet de donner libre court à ses idées, tout en restant suffisamment minutieux pour guider efficacement les artisans avec qui il collabore.



"Moi ce que j’aime dans l’artisanat, c’est l’humilité de la main (…) Ce qui dirige la main c’est l’âme, le cœur et la passion. "



Jean Boggio prend plaisir à travailler avec de nombreux ateliers de la région Auvergne Rhône-Alpes, comme l’atelier Montibert à Lyon.


Cet amour du savoir-faire lui a permis de collaborer avec de nombreuses maisons prestigieuses et de toucher à tous les domaines (ou presque) des arts décoratifs :


- La pâte de verre :

DAUM avec qui collabore régulièrement, et ce depuis 1992 avec la ligne « Sirène » (pour une présentation du verre et de la pâte de verre voir notre article de blog)


- La céramique :

CHOPARD sa rencontre avec la porcelaine et la manufacture RAYNAUD en 1994

LONGWY et NIDERVILLER

HAVILAND dont il fut directeur artistique de 2000 à 2004. Admirez ce rhinocéros en porcelaine, revisité pour l’exposition avec le rajoût d’une monture, clin d’œil aux pendules magistrales de l’époque Louis XV du musée mais également en référence à Salvador Dali.




- La décoration de manière générale :

LES HERITIERS, décorateurs, en 1993

LE RITZ pour qui il dessine une collection "arts de la table" en 1999. Sa dispersion aux enchères lors de la vente aux enchères chez Artcurial sera une des plus disputée de cette vacation !


- L'orfèvrerie :

La MAISON ROUX MARQUIAND à Lyon (désormais Liberty)


- Le cristal :

BACCARAT en 1998


- Le textile :

Tassinari et Chatel (fondé sous Louis XIV) : le tissu Ispahan qui servira à de nombreuses réalisations.

Maison Brochier à Lyon pour du textile d'ameublement


- La tapisserie :

Aubusson, pour qui il réalise des cartons de tapisserie dont la "Tapisserie Ca' D'Oro Venise"



L’INSPIRATION XVIIIème et Art Déco



Le Musée des arts décoratifs de Lyon a imprégné Jean Boggio depuis son plus jeune âge, quand il le visitait accompagné de sa mère et de sa grand-mère.

Il s'est alors imprégné du goût XVIIème, le luxe de Louis XIV et de Versailles, et XVIIIème, Louis XV en particulier, magistral dans son exubérance, sa liberté créative rocaille. L'outrance maîtrisée deviendra sa signature, le luxe assumé joyeusement, la volute exagérée récurrente, comme dans ses miroirs.


Toute l’œuvre de Jean Boggio synthétise le passé, le présent et le futur, en un art atemporel, baroque moderne et chatoyant, flirtant parfois sans complexe avec le pastiche.

Son goût pour l’argent, l’or et la couleur déborde le cadre de son métier de joailler-orfèvre. On le retrouve dans toutes ses créations.





En 1992, Jean Boggio répond à une commande du Musée de Lyon pour sa collection d'orfèvrerie contemporaine.

Il crée la chocolatière "Circé" en argent, inspirée par l'orfèvrerie Louis XV, aux volutes exagérées et ultra sensuelles.







Dans ce talent pour créer des passerelles entre les arts, nous retrouvons cette façon de travailler des marchands-merciers du XVIIIème siècle.


Ses commodes d'esprit pop, en bois et porcelaine blanche à décor floral, font écho aux œuvres d'Andy Warholl, et ne sont pas si éloignées des commodes en bois et porcelaine de Sèvres d'un Martin Carlin pour Marie-Antoinette deux siècles plus tôt !


Cet esprit interdisciplinaire fait aussi référence aux grands ensembliers décorateurs des années 1930, comme Armand Rateau ou Jean Dunand.


Le vase boule en émaux de Longwy de l'exposition coloniale de 1931, qui figurait en bonne place chez ses grands-parents, a imprégné le jeune Jean de l'esprit Art Déco. Tout y est : la couleur, la dorure, l'exubérance.


C'est tout naturellement qu'il collaborera des années plus tard avec cette manufacture :







VENISE


Cette ville baroque devait forcément l’inspirer. C'est le sud magnifié, de la rencontre entre l’Orient et l’Occident, l'esprit mille et une nuits.


" Venise inachevée " est un papier peint simple ou panoramique (en vente sur son site). Tout se recoupe : Venise, le goût du baroque des temps anciens, la fête, le luxe et l’or.


Toujours au titre des textiles, la manufacture d'Aubusson a réalisé avec lui "Venise en or et argent".



VEGETATION EXOTIQUE



La maman de Jean Boggio lui a appris à dessiner le palmier, le mimosa et le cyprès. Ces premiers motifs sont depuis devenus sa marque, un motif récurrent dans son œuvre (papier peint, tapisserie, dessin, textile …)


C'est l'image du jardin extraordinaire, dense, exotique.


Avec Tassinari et Chatel il crée le tissu "Jardin d'Eden".



LA JOIE DE VIVRE

Enfance et " folie boggiesque "



Ayant gardé cette âme d'enfant, joyeux et spontané, Jean Boggio continue à puiser dans ses souvenirs, terreau fertile et inépuisable.


Sa première bague Provence, évoquée plus haut, a été créée d'après un de ses premiers dessins, ville du sud imaginaire. Lui même se qualifie volontiers d'orfèvre-conteur, créateur de " bijouterie pour Gulliver ". Ses créations nous racontent une histoire.


Ses créations poétiques et facétieuses sont un hymne à la joie de vivre et aux délices terrestres : joyeuseté joaillère des rondes enfantines et manèges, univers du cirque, créations bijoutières et céramiques autour de l’après-midi d’un faune (hanap Bacchus, intailles), et du « verger des délices », série Vanitas dont les évocations de crânes en collier et lampes nous incitent plus que tout à savourer la vie …


« Mon travail est un hymne à la vie »



Heureusement, il vous sera possible de découvrir en vrai (!) les œuvres de Jean Boggio cet été 2021 :


- suite de l’exposition de Lyon les Nouvelles Mascarades du 21 juin au 21 septembre, à l’école et villa artistique Boggio, au cœur des vignes du beaujolais, où vous pourrez admirer son atelier et ses œuvres.


- Château de la Brégère à Saint- Yriex – la - Perche en limousin, avec la DRAC Nouvelle Aquitaine

Résidence d’artiste


Pour approfondir votre connaissance de son œuvre:


Vidéo du montage de l’exposition 2021 au Musée de Lyon Utube

Instagram et Facebook Jean Boggio

Site Internet Jean Boggio



Bibliographie : Jean Boggio voyage au pays des Arts Décoratifs, 1988-2008. Chantal Meslin-Perrier et Jean Boggio. Ed RMN.



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